Chères familles et chers amis,

Alors que nous passons actuellement la barre des 5000 premiers kilomètres depuis Moscou, il nous semble opportun de vous écrire en direct de ce moment symbolique et si vous nous le permettez, de faire un retour en arrière pour brosser ce chemin parcouru.

Moscou, et sa fumée, vous vous êtes inquiétés peut être et à juste titre, comme vous le verrez sur les photos, on n’y voyait pas grand-chose. Nous sommes arrivés sous une fumée compacte qui nous brulait les yeux. Ca sentait le BBQ en permanence, température caniculaire avoisinant les 40 degrés (et bien sur hotel cheap sans clim, ni ventilateur, yepa). Nous avions donc l’air de « Docteur House », dans les rues de Moscou, avec nos petits masques chirurgicaux où enfouir nez et bouche. Cela ne nous a pas empêché de visiter très tranquillement les magnifiques édifices moscovites, la place rouge, de saluer Lénine qui semblait bien assoupi, de voguer sur les flots de la Moscova, d’assister au ballet du Lac des Cygnes par la célèbre école du BolchoÏ (une merveille !), de nous pavaner devant les œuvres d’art des plus grands peintres russes du 20 ème siècle, de déambuler à travers les statues déboulonnées de l’époque désormais révolue du communisme.  La capitale ressemble à s’y méprendre aux grandes capitales européennes, avec ses boutiques de luxe, téléphones portables, ordinateurs. Le dépaysement reste donc partiel, œuvre de la mondialisation…

Les campagnes que nous traversons en train ont, quant à elles, l’air figées dans un autre temps. Monde bipolaire, schisme entre l’urbanisme exacerbé et le monde rural qui semble tout juste sortir du communisme. Notons que les trois quart des 141 millions que compte la population russe vit dans les grandes villes. Assez révélateur de ce clivage.

Afin de nous dégourdir les jambes, ailleurs que dans l’allée centrale de notre wagon, nous avons fait arrêt dans 2 villes de province aux charmes limités. Première étape à Iekatérinbourg, célèbre pour être la ville où furent exécutés les Romanov en 1918 lors de la Révolution bolchévique et capitale de l’Oural. De larges avenues, une architecture stalinienne un mémorial à la famille royale et un hôtel-monolithe hérité de l’URSS ! Deuxième étape à Krasnoïarsk pour un week-end pluvieux… Dommage, la ville « la plus dynamique de Sibérie » (dixit sainte-bible Lonely planet) s’annonçait prometteuse sous de faux airs de ville américaine à l’architecture pas trop mal et aux quelques vieilles maisons en bois. Les excursions en montagne dans une réserve naturelle ou dans les gorges de l’Ienisseï (fleuve qui se jette dans le Grand Nord dans l’Océan Arctique) se sont soldées par une visite au musée régional (fort intéressant ma foi, notamment la partie ethnographique sur les minorités) et par des cafés en intérieur…

Etrange Russie qui voit son immensité s’étendre sur 2 continents. Mercredi, nous soyons passés de l’Europe à l’Asie. Pour l’instant la différence est peu marquée mais à force que nous nous enfonçons dans la profonde Sibérie et nous rapprochons de la Mongolie, les facies commencent à changer.

Les paysages défilent derrière les vitres du train où nous nous familiarisons avec nos cohabitants de cabine. Malgré notre ignorance du russe et leur méconnaissance de l’anglais, nous arrivons à faire connaissance et à développer la conversation aux moyens de notre dictionnaire et livre d’images (très utiles). Tous ceux que nous avons rencontrés jusqu’à aujourd’hui se montrent ouverts, curieux et généreux. Le pique nique est partagé, ainsi nous pouvons gouter aux poissons séchés, cornichons, confiture maison, etc.  (conclusion, je ne classe pas la cuisine russe au top de la gastronomie).

Nous comprenons un peu mieux ce qui se cache derrière l’expression  « grands espaces » à l’image de  la Sibérie. Elle n’était encore qu’un territoire hostile il y a 70 ans, peuplées des opposants du régime et autres malfrats de grand chemin, a connu un essor de peuplement avec son désenclavement grâce au chemin de fer et l’essor du commerce des fourrures.

Bientôt nous ferons escale au célèbre Lac Baikal, le plus profond du monde (pour les amateurs de plongée, l’eau est toujours à 15 degrés et la visibilité est de 40 mètres ),  la « perle de la Sibérie », où parait il « les falaises rocheuses couvertes d’arbres entourent les eaux cristallines d’un bleu intense » … Voilà qui nous laisse rêveurs.

Ces 5000 kms parcourus en images sur notre album photo: Lovely Russia

On vous embrasse

Gé et Luc